CAP. IV – Des Marches Himalayennes, du maoïsme
19 avril, 2008
Cela est passé presque inaperçu dans nos médias occidentaux, mais un nouveau pays est prêt à passer dans le camp des maoïstes.
Ce pays était il y’a peu une monarchie, d’une de ces monarchies orientales décadentes avec son lot de massacre. Un pays où le servage était encore une règle, étroitement associé avec la religion.
C’est un pays que certains trouvent magique, un pays de montagnes et de plateaux, le pays des hippies de Katmandou et des explorateurs de l’inutile dont le poids des lourds bagages étaient atténués par des sherpas : le Népal.
Magnifique pays qu’est le Népal pour l’occidental moyen. Mais cette vision toute occidentale est tellement éloignée d’une réalité qui s’insère pourtant dans une vision globale.
Cette vision globale comprend toute la politique et la diplomatie des pays des marches himalayennes dont une région attire tous les regards.
Il s’agira de faire comprendre à l’occidental moyen, ce qui constituera sans doute un trop grand effort de compréhension pour lui, comment un pays voisin du Tibet s’apprête à adopter l’idéologie toute chinoise du maoïsme.
Le Népal, coincé entre puissance chinoise et puissance indienne, est fortement marqué par l’influence chinoise et rappel à quel point cette région, avec le Tibet, furent, et sont même encore, de fervent partisans de la Chine communiste.
Et bien sûr, plus qu’avec la Chine, c’est avec le Tibet que les liens sont encore plus étroits. Pourtant, à voir comment les policiers népalais traitent avec les exilés tibétains, il n’y a pas à hésiter de savoir si c’est entre la Chine ou le Tibet que le cœur balance.
Il est donc amusant de voir l’Occident s’émouvoir des Droits de l’Homme en Chine, et plus encore de réclamer un Tibet libre, quand on assiste au spectacle qui se déroule au Népal.
La victoire des maoïstes aux élections népalaise démontre par là l’exagération médiatique faîte autour du Tibet.
On se demande même pourquoi faire autant de raffut pour les Jeux Olympiques de Pékin, plus encore pour une mobilisation spontanée quelques mois avant ce que l’on pourrait appeler le Calvaire de la Flamme.
Je ne tiens pas à faire l’apologie du régime chinois qui n’a de communiste que le nom, mais je ne vais pas non plus défendre des droits de l’hommiste du dimanche qui se sont réveillés un matin avec une conscience nouvelle.
Cette situation au Tibet dure depuis l’abattement du régime impérial en Chine et avec l’avènement de Mao. Avant Mao, c’était la théocratie et la féodalité au Tibet, cela fut considéré comme une avancée considérable dans le temps.
Il est d’ailleurs amusant de voir combien de soixante-huitards qui se disaient maoïstes ou sympathisants, tel Daniel Cohn-Bendit, qui aujourd’hui vont décrier ce qu’ils adulaient.
Mai 68 a beaucoup à voir cette dichotomie spécifiquement française (le maoïsme, à par en Chine, n’a jamais eu autant de succès en Occident qu’en France). L’étudiant de 1968 rêvassait d’un monde égalitaire régit par le Grand Timonier ; en 2008 l’étudiant typique à son T-shirt « Free Tibet ».
C’est aussi courageux que les sportifs français et leur badge « Pour un monde meilleur ».
Le point de vue de la Chine est toutefois important et commence à être entendu. Après tout, le gouvernement chinois dirige plus d’un milliard et quelques trois cents millions d’habitants, ce n’est pas si aisé, surtout quand on essaye de passer d’un système communiste à un capitalisme d’état. Ce gouvernement n’est peut être pas légitime, mais il vaut mieux ça qu’une guerre civile comme on pourrait en voir en Irak. Les nations n’ont pas l’habitude de faire la paix par elles-mêmes.
La Chine, ses élites et ses autorités surtout, sont conscientes que cette masse fait peur dans le monde et pèse tant économique, politiquement et surtout militairement. Mais de l’intérieur, le pays n’a qu’une peur : être rongé par son propre poids, par sa démesure.
L’armée chinoise pourrait certes être la plus puissante du monde, elle fait peur surtout à tout ses voisins : Taiwan, Japon, mais surtout aux Etats-Unis.
Malgré sa puissance, une armée pareille succombera surtout par son poids. L’armée des Achéménides avec son million d’hommes fut bien battue par quelques grecs en guenilles.
Economiquement, c’est la plus grande puissance, mais c’est aussi un milliard de pauvres et seulement trois cents millions de consommateurs. La Chine est un géant aux pieds d’argile, une partition du territoire serait une marque de faiblesse qui signerait l’arrêt de mort de ce pays.
Montrer une puissance apparente permet de cacher de multiples déficiences : seule une autorité forte permet de maintenir le pays parmis les plus grandes puissances, et plus encore, d’être la nation qui pèsera le plus.
C’est pour ça que je ne vois pas très bien quel est le réel but des manifestants contre les Jeux Olympiques : est-ce un effet de masse complètement stupide ou une manœuvre pour déstabiliser la Chine ?
Après tout, la Chine mérite les Jeux. Les Jeux sont avant tout une vitrine politique et économique (quoiqu’en disent les sportifs, ces gens ont la tête creuse de toute façon, leur réaction face au boycott en est un exemple). Il n’y a pas d’autres pays que la Chine qui méritent cette Exposition : construire des complexes, aménager et moderniser la capitale sera au contraire un plus pour l’apport durable de la paix, et donc vers plus de droits.
Ce qu’il faut condamner, du moins en France, c’est la position de guignol du gouvernement. Soit le président prend ses responsabilités et donne une position ferme pour ou contre le boycott, soit il laisse le très compétent Bernard Kouche-toi là.
Il est d’ailleurs étonnant que pour un homme qui déclare pratiquement la guerre à l’Iran, partisan de l’ingérence politique en faveur des peuples opprimés se soit exprimée contre le boycott.
Au final, le gouvernement français a dit tout et rien, mais surtout n’importe quoi : on ne s’oppose pas d’une part à la théocratie en Iran pour vouloir imposer la théocratie à la Chine comme l’a si bien répété le sénateur Jean-Luc Mélenchon.
Si la France et l’Europe souhaitent faire amende honorable face à la Chine, qu’elles cessent de fricoter avec le Dalaï Lama, souverain pontife d’un autre temps et que l’on parle plus de ce qui se passe actuellement au Népal que l’occupation médiatique de Reporter sans Frontières (mais pas sans magouilles).
Les autorités chinoises en fait ne haïssent pas la France, mais s’inquiètent du tour que prennent les évènements, et ces insultes ne sont pas faîtes seulement au gouvernement chinois, mais à la Chine toute entière.
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