On en viendrait à regretter sa libération tant sa médiatisation est ridicule. Nous y voyons d’ailleurs toute la splendeur de la crétinerie dans la très fallacieuse édition spéciale de TF1. C’est vrai qu’il ne faut pas regarder cette chaîne à la botte du pouvoir, mais nous ne pouvons mesurer à quelle point la masse crédule qu’en regardant le moyen par laquelle la démocratie est rendue caduque par le pouvoir démagogique du plus puissant des médias.

J’ai aussi beaucoup aimé la métaphore du bocal fermé déclamée par un des spécialistes de la politique française. Des métaphores dont seuls les gens de la droite stupide et décomplexée ont le secret ; Nicolas Sarkozy est ainsi un gros bras, qui bien qu’il n’ait rien fait, à tout même reçu dans ses mains le bocal de cornichons (comprendre l’affaire Betancourt) et qu’il a contribué de sa modeste personne en essayant d’ouvrir ledit bocal.
La bêtise de cette métaphore est aussi grande que la soumission des médias ; une petite courge n’a jamais réussi à faire sortir son cornichon.

Autre chose encore plus ridicule, ce sont tout ces groupes de soutien. Noble et juste cause que de défendre la veuve et l’orphelin. Mais est-ce vraiment utile de mobiliser la compassion de toute la France pour une personnalité politique étrangère, dont la santé n’était pas en danger. Elle recevait au moins un repas par jour la colombienne. On ne pourrait pas en dire autant d’un milliard de personne qui n’émeuvent pas tant.
Encore plus stupide, c’est qu’il semblerait que ces groupes de soutien travaillent à agrandir la gloriole de Nicolas Sarkozy. Mais attention, je ne dis pas que ces groupes de soutien inutiles proviennent des œuvres de Sarkozy, mais tout simplement que celui-ci a eu la bonne idée de les récupérer afin de s’afficher comme le grand libérateur qu’il est aujourd’hui.

Une seule personnalité a osée dénoncer cette pensée unique : Ségolène Royal. Mal lui en pris ; on la taxe déjà de mesquine et de je ne sais quel autre insulte car elle est la seule a penser – en France – que Nicolas Sarkozy s’attribue des lauriers immérités.
Elle a bien raison, car après tout, il en a bien besoin : l’Europe va très mal et il commence déjà sa présidence européenne comme il a commencé la présidence française.
Mais qu’il ne se brûle pas les ailes comme avec le miracle des infirmières libyennes (qui en ont pris la nationalité en avait plaisanté les diplomates bulgares). Des voix vont bientôt s’élever contre la fourberie du fourbe, à commencer sans doute par Betancourt elle-même.
Après tout, c’est une gauchiste, d’une famille de gauchiste, et amie de Villepin. Quand elle prendra toute la mesure de qui est Nicolas Sarkozy, il y’a fort à parier qu’elle le traitera comme elle a traité Uribe, qui n’est après tout qu’un Sarkozy colombien, lui-même étant un Bush français.
Elle a bien remerciée l’armée colombienne, et non pas son président. Elle fera de même pour la France. Elle a d’ailleurs commencée dès hier soir où elle préféra citer les noms de Chirac et de Villepin. Voilà qui explique sans doute les cris d’orfraie de Royal, et que l’on se moque d’un avis assez éclairé.

Et le plus drôle, les dignitaires français se trouvant avec Ségolène Royal à Québec pour les quatre cents ans de la ville dont Jean-Pierre Raffarin, vont tour à tour planter un couteau dans le dos de la présidente du Poitou-Charentes.

Jean-Pierre Raffarin, le premier d’entre eux, va s’attaquer à Ségolène Royal sur un terrain qu’il ne comprend pas, en voyant des fautes et en rétorquant qu’elle est une femme politique de second plan.
Je sais que les ânes bâtés sont habitués à subir la pluie de longues heures durant – car les fameux dignitaires n’avaient rien pour se protéger –, alors pourquoi critiquer la madone du Poitou se soit éclipsée pour donner son avis sur l’actualité ? D’autant plus que les québécois n’ont pas remarqués une absence ou une présence de telles personnalités politiques, on se demande pourquoi Raffarin soutient que son absence « a été remarquée et a déçu les Québécois » alors que ceux-ci se plaignaient du manque de proximité entre eux et les dignitaires. Bien grand lui a fait alors de ne pas assister à la cérémonie officielle pour dénoncer la manipulation dont fait preuve le Président de la République.
Amusant aussi de savoir que selon les dires de Raffarin, il ne faut pas critiquer le Président de la République dans une terre extérieure à la France. Or, il me semblait que Raffarin, alors président du comité d’organisation du quatrième centenaire de la ville de Québec, ne devait pas ignorer les propos de son successeur au poste de Premier ministre disant que le Québec, c’est aussi la France (dans une même Nation). Raffarin avouerait-il ainsi que le Québec est une terre complètement étrangère à la France ?

Les propos décousus de François Fillon sont encore plus sidérants ; le matin il parlait d’une nation française unique, indivisible dans le temps et l’espace comprenant le Québec dans sa culture ininterrompue. Alors pourquoi quand il parle d’une nation française et de deux pays « français » – de la France et le Québec – faut-il qu’il s’excuse auprès des fédéralistes d’avoir utilisé le mot pays au lieu de nation en parlant du Québec.
Ainsi, nous sommes passés d’une unique nation française à deux nations françaises, dont le Québec serait sans pays. Pratique.
Alors pourquoi le Premier ministre critique t-il Ségolène Royal sur ces propos en la traitant de « petite fille dans une cour d’école » ? Alors Fillon est bien le dernier de la classe, laissant tout juste le bonnet d’âne à Raffarin pour avoir dit « un pays est un endroit où il y a des paysans », qui outre la bancale analyse étymologique démontre qu’il ne voyait que dans ce pays québécois qu’un territoire diffus peuplé de pécores afin de ne pas fâcher les technocrates de d’Ottawa (à mettre en rapport avec ceux de Bruxelles, après tout, la France aussi est un pays, peuplé de paysans éleveurs de subventions).
Il a aussi dit qu’elle faisait preuve « d’un manque de dignité » ; ses propos décousus et contradictoires qu’il a fait preuve aux uns et aux autres alors ne sont pas digne d’un Premier ministre.

Cette affaire Betancourt est d’ailleurs étrange ; une opération consistant à se faire passer pour le haut commandement des FARC, des soldats colombiens sans armes et d’affreuses rumeurs de remises de rançons de la part de la France. Il est évident que la date de prise de la présidence européenne ne soit pas étrangère à la libération des otages, et ces prochaines semaines risque de bruire de nombreuses rumeurs.
Mais la question qui se pose désormais est : combien nous coûte la libération d’Ingrid Betancourt ? Et je ne parle pas en terme d’argent, mais celle d’une certaine liberté, une sorte de liberté dont Ségolène Royal mesure déjà les nouvelles limites.

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